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18 mai 2012
Mistral OZ

L’économie de la connaissance face au monde libre (partie 3)

Introduction

Voici donc la troisième et dernière partie de l’article sur le libre dans notre nouvelle économie. J’aborde ici la question du modèle économique du libre.

Les créateurs vivent de libre et d’eau fraiche ?

NON ! Bien entendu, les créateurs ont besoin de vivre de leur travail. Et même de bien en vivre. Notre monde est capitaliste et faire des millions avec le libre, c’est possible et même bien mieux que lorsqu’on utilisait encore les brevets (oui, je me prends à en parler au passé... la Révolution est en marche !).

Forcément lorsqu’on dit que le libre permet d’acquérir gratuitement un savoir, on s’imagine alors qu’on est dans un secteur non marchand. Que les consommateurs auront alors gratuitement ce qu’ils avaient auparavant en payant. Absolument pas !

Il existe de nombreuses entreprises qui produisent du logiciel libre, des artistes qui publient leurs œuvres librement ou même des entreprises qui vendent des produits « libres ». Et ces entreprises font beaucoup d’argent. Vous utilisez sûrement même leurs services sans le savoir (la très grande majorité des sites internet sont issus de beaucoup de logiciels libres [1])

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Et c’est là où nous pouvons observer la puissance de ce système, c’est que sans le libre, ces créateurs seraient encore à se débattre à l’échelle locale pour faire connaitre leur projet auprès des banquiers et acheteurs potentiels.

Comment ça marche ? Tout simplement la philosophie du système est qu’on ne peut pas vendre ce qui existe déjà. Une musique déjà produite, un logiciel déjà développé ou même les plans d’une voiture déjà réalisés. On ne peut pas et il ne faut pas. Tout simplement, les utilisateurs pourront ainsi juger de la qualité de la musique, du logiciel ou de la voiture ou partager avec des amis : c’est de la publicité pour les créateurs et en plus ça ne leur coûte rien !

Je ne sais pas si vous vous avez déjà essayé de chanter dans votre douche ou de changer une roue sur votre voiture, mais, en général, l’expérience est rarement très concluante. Aussi, les créateurs vendent un concert, un cd avec une belle pochette (voir dédicacé) et une voiture, de préférence qui ne soit pas « à monter soi-même », et à l’évidence, le consommateur apprécie.

De plus, un client qui va décider de demander au créateur de lui « céder » sa création, va en plus lui demander d’autres services :

  • lui montrer comment ça marche,
  • faire un concert,
  • ajouter une fonctionnalité,
  • créer de nouveaux produits en partenariat,
  • etc.

Et parce qu’un créateur n’a pas forcément envie de faire une multinationale (un patron de grande entreprise, à quelques exceptions près, ce n’est plus un créateur, mais un gratte-papier), il va laisser d’autres personnes ou concurrents reprendre sa création et l’améliorer. Ainsi, un créateur qui aura créé un rétroviseur super efficace et un autre qui aura trouvé un système pour faire fonctionner sa voiture avec moins de ressources, vont associer les briques (sans même avoir besoin de se rencontrer pendant 1 an et de payer 50 avocats pour rédiger le partenariat) et quelques mois après, on pourra voir des voitures utilisant ce rétroviseur miraculeux.

Et en plus, ce rétroviseur aura été amélioré par un spécialiste en ergonomie, ce qui réduira encore les ressources nécessaires pour faire rouler la voiture.

Le créateur peut se retrouver, un à deux ans après, à l’origine de nombreuses usines créant ses rétroviseurs. Et sans être dépossédé du projet, puisqu’il pourra continuer à améliorer son produit et être contacté par d’autres créateurs qui chercheront par exemple à adapter le système pour un autre type de véhicule. Et il pourra valoriser son expertise au niveau international.

Le plus à plaindre ici, c’est le banquier qui n’aura pas pu dire au créateur : "Votre idée est bien..., mais votre étude de marché est insuffisante, revenez me voir dans 6 mois" !

Aux États-Unis, on constate de nombreuses entreprises « Libres » à dépasser le million de dollars de chiffre d’affaire.

Est-ce que l’État peut déposséder les créateurs ?

Comme on a vu au-dessus, le modèle économique du libre ne souffre pas de la comparaison avec son équivalent propriétaire. Cependant, on peut se demander le rôle que l’État doit jouer à ce sujet.

Le choix de faire du libre doit s’imposer aux créateurs et l’État doit continuer de protéger la propriété individuelle.

Pour autant les politiques publiques n’ont pas encore totalement intégré l’intérêt commun au libre et ainsi pu permettre son essor de la même manière qu’elles mettent aussi beaucoup d’énergie à protéger les brevets.

Or ce n’est pas le cas ! Il existe de nombreux cas où la loi décourage la création dans le cadre libre. Il y a déjà toutes les lois sur les brevets qui imposent à un créateur de déposer son invention au risque, s’il ne le fait pas, qu’à ce qu’un autre le fasse à sa place et interdise au créateur initial de continuer à utiliser son invention. De plus, des sociétés privées comme la SACEM reçoivent de l’argent à chaque fois qu’une clef usb, un disque dur ou support équivalent est vendu. Pourtant, on peut vouloir ne pas utiliser les créations des sociétaires de la SACEM et préférer reverser cette participation à d’autres créateurs « libres ». De ce fait, les artistes qui veulent pouvoir bénéficier de ces ressources (et d’autres) doivent céder à la SACEM des droits exclusifs au point que les créateurs eux-mêmes ne peuvent plus céder gratuitement leur création sans reverser de l’argent à la SACEM.

C’est un non-sens, surtout lorsqu’on voit les économies qui seraient réalisées par l’Éducation Nationale, la culture et l’industrie si on favorisait plutôt le libre. Il existe le crédit impôt-recherche, les appels d’offre publique, etc. L’État pourrait, s’il voulait s’en donner les moyens, négocier avec les créateurs pour offrir à tous les enfants un accès à la culture et à la recherche gratuit. Simplement parce qu’il est important de cultiver l’esprit humaniste et de laisser chacun découvrir ce que le monde peut lui proposer.

Donc oui, la liberté de propriété existe bien et n’est pas remise en question. Seulement, elle est moins rentable, moins efficace que l’échange libre. Aussi charge aux législateurs de promouvoir ce système car c’est là que le progrès social se situe.

Article rédigé par Mistral OZ, membre du Parti Pirate Breton.

Notes

[1] Ce site y compris. Tant pour le serveur et le langage de programmation, que son moteur de rendu pour l’affichage du site (SPIP est même français !). Et il est probable que vous utilisiez un navigateur internet libre, avec un routeur conçu à partir de logiciels libres, ...

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